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La pédagogie par et avec la nature !

La pédagogie par la nature consiste à réaliser des sorties régulières et répétées avec les enfants et les jeunes dans des espaces naturels : dans un parc, un jardin, une forêt, un bois, en montagne mais aussi en bord de rivière, d’un lac, de la mer, voire dans des exploitations agricoles ; au fil des saisons, par temps ensoleillé mais également pluvieux, plusieurs fois par semaine, voire tous les jours.

Le courant d’éducation nouvelle

La connexion à la nature est très importante pour plusieurs pédagogues réformistes, d’éducation nouvelle tels que : Maria Montessori, Adolphe Ferrière, Célestin Freinet, Jean-Jacques Rousseau, Johann Heinrich Pestalozzi, Kurt Hahn, Ovide Decroly ou encore Rudolf Steiner.

En 1922, Adolphe Ferrière, dans son livre « L’école active », précisait avec ironie ce contraste entre l’école « classique » et ce que devait être l’école nouvelle :

« Et sur les indications du diable, on créa l’école. 

L’enfant aima la nature : on le parqua dans des salles closes. 

L’enfant aime voir son activité servir à quelque chose : on fit en sorte qu’elle n’eut aucun but. 

Il aime bouger : on l’obligea à se tenir immobile. 

Il aime à manier les objets : on le mit en contact avec des idées. 

Il aime se servir de ses mains : on ne mit en jeu que son cerveau. 

Il aime parler : on le contraignit au silence. 

Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser. 

Il voudrait chercher la science : on la lui servit toute faite. 

Il voudrait s’enthousiasmer : on inventa les punitions. 

Alors les enfants apprirent ce qu’ils n’auraient jamais appris sans cela : ils surent dissimuler, ils surent tricher, ils surent mentir … ».

La pédagogie par la nature est mise en oeuvre dans des écoles dites « alternatives », telles que les écoles forestières. La première « Forest School » a été créée en 1927 dans le Wisconsin (USA). Depuis, ces lieux se popularisent partout dans le monde !

Photographie de « la escola del mar » catalane :

GRAN BARCELONA ESCOLA DEL MAR FOTO Josep Dominguez Arxiu Fotografic de Barcelona

L’éducation hors des murs est également appliquée en moindre mesure dans certaines écoles « classiques », ainsi que dans le cadre d’activités et jeux libres proposés en Accueils Collectifs de Mineurs (périscolaire, extrascolaire, scoutisme, …). 

Enfin, tout parent peut s’en inspirer pour les moments passés en famille. La promenade, l’observation des paysages, les jeux en plein air sont des moments informels forts qui réunissent les différents membres de la famille. L’épanouissement de l’enfant passe aussi par ces activités sans but éducatif direct et pourtant si profitables.

La pédagogie par la nature et ses multiples bienfaits

J’ai toujours eu l’intime conviction que pour prendre soin de la nature, il était primordiale de s’y reconnecter, et j’ai découvert que la pédagogie par la nature allait bien au delà…

En effet, elle :

  • Contribue au bien-être de l’individu et est bénéfique pour la santé ;
  • Permet le développement personnel, du corps et de l’esprit ;
  • Favorise la socialisation et la coopération ;
  • Est un terrain d’apprentissages idéal (langages, sciences, arts, …) ;
  • Permet de sensibiliser au respect de l’environnement, de la faune et de la flore.

Cette pédagogie répond à la volonté d’une éducation intégrale, qui prend en compte ces différentes facettes.

La nature contribue au bien-être de l’individu et est bénéfique pour la santé

Nous n’avons jamais, dans l’histoire de l’Humanité, été aussi éloignés de la nature : plus de 50% de la population vit dans des zones urbaines, et en 2050, cette proportion sera de 70%. Bien que l’urbanisation a de nombreux avantages, elle est également associée à des niveaux accrus de maladies mentales, comme les troubles anxieux, le stress, la peur et la dépression. 

Ce nouveau mal des temps modernes a donné lieu au concept de « trouble de déficit de la nature », cette dissociation entre l’humain et son environnement, initié par l’écrivain américain Richard Louv. À la suite de nombreuses recherches sur le comportement des enfants, notamment occidentaux, il est arrivé à un constat alarmant : en plus des effets de l’urbanisation, la peur de l’autre pousse les parents à garder les enfants à l’intérieur. 

Et en l’espace de 30 ans, la relation entre la nature et les enfants s’est profondément modifiée avec tous les risques que cela comporte. Un mouvement qui va en s’accélérant, la prolifération des écrans y étant également pour quelque chose.

Les activités en extérieur sont importantes pour le bien-être face à une sédentarisation qui multiplie également les problèmes de santé comme l’hyperactivité et l’obésité.

La fréquentation quotidienne de la nature, le temps passé à l’air moins pollué et les exercices sont les piliers d’une santé de fer. 

La pédiatre hongroise Emmi Pikler (1902-1984) avait, dans un cadre différent, préconisé des siestes à l’extérieur, par tous les temps.

Plusieurs expériences ont prouvé que la nature était :

  • Un allié en gestion des émotions,
  • Le meilleur des médicaments,
  • Un super anti-stress !

Du point de vue éducatif, les bienfaits psychologiques de la nature sont perceptibles dans les comportements mais aussi dans le développement cognitif.

La nature permet le développement personnel

La présence de la nature permet le développement de la personnalité et d’harmoniser le corps et l’esprit. Elle permet à l’enfant de se connaître, d’être soi-même, de jouer, d’y construire des objets et de répondre à ses besoins propres : bouger, crier, courir. 

L’expérience vécue est le pivot du développement des émotions, notamment face aux beautés de la nature, sources d’émerveillement. 

Les activités proposées permettent de promouvoir le « développement holistique » en encourageant le développement de l’estime de soi, de l’indépendance, de la curiosité et de la créativité. La combinaison de liberté et de responsabilité est également particulièrement bénéfique pour les enfants puisqu’elle leur offre des moyens d’acquérir une plus grande confiance en soi.

Alors même que l’espace n’est pas normalisé et sécurisé, les accidents sont très rares. L’enfant a la possibilité de pratiquer une certaine autonomie et autodiscipline, de mieux connaître l’environnement, de comprendre ses dangers et être capable de prendre des risques calculés. La connaissance de la nature, c’est un moyen de prendre conscience de ses limites, de ses ignorances et de l’humilité essentielle face au monde qui nous entoure.

La nature favorise la socialisation et la coopération

Ce rapprochement avec la nature renforce l’aspect social des enfants avec une confiance accrue en soi et les autres.

La nature comme écosystème permet de développer ses émotions, de mieux se connaître, mais aussi d’améliorer son empathie et sa bienveillance envers les autres.

Par des activités en groupe, les apprentissages en nature permettent de privilégier aussi l’entraide et la coopération, et de comprendre que le partage accroit le plaisir de faire.

Les activités en nature privilégient les oeuvres de groupe, car face à certains travaux, seul un travail collectif peut trouver la solution. 

De plus, la création d’une communauté entre les apprenants rend les apprentissages plus efficaces.

Les conflits sont naturellement moins fréquents car l’espace n’est pas confiné comme dans une classe ou une cours de récréation.

La nature est un terrain d’apprentissages idéal

Les activités en nature offrent plus qu’ailleurs la possibilité de développer la curiosité des enfants ainsi que leur motivation pour apprendre. Certaines études soulignent les effets positifs de la nature, des espaces verts et boisés sur la mémorisation, l’attention et la concentration.

La découverte des éléments naturels est donc un moyen de sortir des apprentissages exclusivement livresques et de dématérialiser les connaissances pour se confronter à l’environnement par ses sens, son corps et son esprit. Un cadre non normatif rend les enfants plus actifs et plus détendus. Le temps passe différemment lorsque les enfants sont motivés et leur agilité est sollicitée par ce désir de faire, d’observer et de créer.

L’enfant se construit par l’observation, la manipulation et l’expérimentation. 

La nature est propice aux apprentissages et donne lieu à l’acquisition de compétences multiples : l’esprit logique, le repérage dans le temps et dans l’espace, la connaissance du vivant, des plantes, des animaux… mais également en calcul, en vocabulaire et en compréhension scientifique, géographique, historique ou artistique.

Voici quelques illustrations d’apprentissages par la nature :

  • Langage oral et écrit : dire ce que l’on a observé, construire une action à plusieurs, feuilleter des guides naturalistes, tracer des lettres avec un bâton, …
  • Activités physiques : s’adapter aux contraintes du terrain, courir, sauter, grimper, glisser, pousser, tomber, lancer, attraper, s’orienter, améliorer son équilibre, … Tout pour affiner ses capacités motrices. La nature est comme une salle de sport mais elle est également une source d’apaisement, un moyen de se ressourcer.
  • Activités manuelles : porter, transporter, couper, tailler, scier.
  • Activités artistiques : confectionner un herbier, une cabane, imiter les bruits de la nature, siffler avec une tige creuse, écouter le chant des oiseaux, le silence, le Land Art, …
  • Exploration du monde : sentir les effets des saisons, observer le ciel, découvrir de nouveaux lieux, repérer les indices de présence animale, collectionner des « trouvailles », … La nature met en éveil les 5 sens au travers de l’exploration des reliefs, des odeurs, des couleurs, du climat, de l’espace, …
  • Structuration de sa pensée : comparer les formes, les longueurs, organiser des collections, s’entraîner à compter, … Autant de bases pour les apprentissages formels. La nature est pleine de mathématiques : la morphologie de certaines plantes et leurs formes géométriques, les graines et les fruits que l’on peut détourner pour faire de la numération, la symétrie de nombreuses feuilles d’arbres, les flocons de neige qui (une fois agrandis) nous dévoilent toutes sortes d’angles, les pétales des fleurs qui permettent d’apprendre à ajouter et à soustraire, …

La nature permet de sensibiliser au respect de l’environnement

Conscient de la nécessité de prendre en compte la transition écologique, pour mieux respecter l’environnement et faire des enfants les pionniers d’une société plus écologique, ce mouvement est lié notamment à la prise de conscience des méfaits de l’industrialisation, avec notamment les conséquences des changements climatiques et les pollutions.

En France, les programmes publics ont pris en compte le développement durable (ex. : le programme Éco-École), or ce n’est pas cela dont on parle ici, mais bien d’un enseignement qui doit être physiquement hors de la classe, avec la création de situations non artificielles.

Les apprentissages réguliers au sein même de la nature permettent de développer un respect de l’environnement, le sentiment d’appartenance à un espace précis, la compréhension de son importance dans nos vies, dans notre histoire passée, présente et à venir. C’est grâce à elle que nous évoluons. 

Ce respect se trouve lié à celui des autres, mais aussi à l’idée de préservation d’espaces et de compréhension de leurs nécessités pour la faune et la flore.

Elle développe les aptitudes des enfants à se replacer dans cet écosystème global en « conscientisant » les liens entre les humains et leurs environnements végétaux, animaux et minéraux.

Le paradoxe est que nous sommes devenus les ennemis de cette nature. Nous détruisons la faune et la flore par nos modes de vie. Leur protection ne se décrète pas mais s’apprend par des gestes éco-bienveillants.

L’écoute, l’observation et la connaissance de la richesse de la nature, mêlés au plaisir et à l’envie d’explorer, provoquent le plus souvent chez l’enfant de l’empathie et la volonté de protéger cette nature si forte et si fragile en même temps. L’ambition est de concevoir la nature comme une alliée et non comme un monde à exploiter, à détruire. Ce respect de l’environnement assure notre propre survie.

Sans être directement liée au courant minimaliste qui prône une suppression du superflu et un retour vers l’essentiel, cette pédagogie est fortement ancrée dans les milieux végétariens et vegan, et a pour volonté de repenser une société qui est obnubilée par la consommation. La connexion à la nature souligne donc une redéfinition de ses liens avec tout ce qui est matériel.

Le rôle de l’éducateur

Tout est sujet à apprentissages, en commençant par les préparatifs, la mise en place des activités, le matériel nécessaire. 

Il accompagne, aide, observe les enfants et les laisse au maximum faire des choix, propositions et découvertes au grès de leur imagination. 

Une fois les activités terminées, c’est le moment d’exprimer son ressenti, étape aussi importantes que les activités elles-mêmes. L’éducateur encadre cette étape qui permet de préparer et d’organiser les activités à venir.

Il est également important de proposer peu d’activités et favoriser le jeu libre : laisser du temps, de l’espace et de la liberté pour que les enfants puissent développer leurs capacités. Il s’agit de laisser les enfants apprécier à leur façon, avec leurs envies la nature. C’est spontanément que les enfants aiment rire, courir et jouer dans la nature.

En résumé, « l’outdoor pédagogique » a des influences positives à plusieurs niveaux :

  • Confiance en soi ;
  • Connaissance de soi ;
  • Compétences cognitives ;
  • Compétences sociales ;
  • Communication ;
  • Motivation ;
  • Concentration ;
  • Endurance physique ;
  • Motricité ;
  • Comportements à l’égard de l’environnement ;
  • Prise de conscience écologique ;
  • Connaissance de l’environnement végétal, animal et minéral.

Sources : le livre « Les pédagogies alternatives » de Sylvain Wagnon, la formation « Passeur de nature » d’Éveil et Nature, le site internet www.reseau-pedagogie-nature.org et le magazine « Innovation en éducation ». Images #pexels @JonasMohamadi/@AndreWilliam.